La route des vins de Savoie

La recherche de la qualité et de l'originalité
 
 

   Aujourd'hui l'ensemble des vignes savoyardes ne couvre plus qu'environ 3500 ha, toutes catégories comprises, contre 22 000 en 1905, l'essentiel se situant dans la Savoie du sud et ne dépassant guère les 500 m d'altitude. Mais chaque année ce vignoble augmente de quelques dizaines d'hectares par reconquête de raides coteaux, dans des zones classées mais délaissées depuis plus d'un demi-siècle. C'est particulièrement spectaculaire de Chignin à Saint-Pierre d'Albigny, en passant par Arbin, sur les  pentes caillouteuses de la Savoyarde, à Cruet, Saint-Jean de la Porte ; ce l'est également à Jongieux où, dans la zone du Marestel, tout un ensemble de parcelles abandonnées aux broussailles a été réhabilité avec conservation de murs en pierres sèches. De même, sur la banquette des Déroux, en rive gauche de l'Isère, les vignes des vins d'Allobrogie ont chassé de certains adrets friches ou bosquets. A partir de l'Inter-hôtel L'IroKo d'Aix les Bains découvrez les splendides paysages de la vigne et de la montagne.

 

     La qualité des vins est indéniable et 22 crus témoignent d'originalités particulières . Sur une production d'environ 200 000 hl, les  blancs dominent, et ils s'imposent en Haute-Savoie où les vignobles de Ripaille, Marin, Marignan, Crépy, le long de la rive sud du lac Léman, sont tous plantés en chasselas qui donne un vin blanc sec, perlant, fin et léger. Plus en amont, dans la vallée de l'Arve, près de Bonneville, un autre cépage, le gringet, est à la base des vins mousseux ou pétillants d'Ayse, ainsi que l'est la molette associée à l'altesse pour le mousseux de Seyssel.  Cette altesse qui, toujours à Seyssel et dans la vallée des Usses, sous le nom de roussette de Frangy, apparaît comme un cépage quelque peu mythique on la dit venue de Chypre ..., sous divers noms, elle fournit des vins, racés, bouquetés, de garde éventuellement, comme à Jongieux, le marestel ou le monthoux, non loin de Chambéry, le monterminod, et, ailleurs, la roussette de Savoie.
 
Le domaine de la roussane,  patrimonialisée sous le nom de bergeron à Chignin, est  plus réduit, il se limite aux raides éboulis de la pointe sud-ouest des Bauges avoisinant Torméry, véritable fleuron ; c'est un vin blanc, généreux, au bouquet velouté, qui acquiert encore des qualités en vieillissant. En face, au pied de la Chartreuse, en partie sur l'énorme glissement-éboulement du Mont Granier, le vignoble d'Apremont et des Abymes s'étale largement, en une succession de terroirs qui conviennent parfaitement à la jacquère, cépage qui donne un vin léger, diurétique, à la fraîcheur "délicieuse et désaltérante" ; ailleurs il est produit sous divers noms, cruet, chignin, et... jacquère dans presque tous les vignobles de la Combe de Savoie et des environs du lac du Bourget. Deux autres vins blancs originaux peuvent encore se découvrir, la malvoisie, probablement velteliner, et la mondeuse blanche, surtout en Combe de Savoie.
 
Son homonyme, sans parenté, la mondeuse tout court, peut-être bien la vitis allobrogica, est la référence des vins rouges, voire même le symbole de la viticulture savoyarde. Si, localement, son domaine privilégié est le versant méridional des Bauges, surtout les terroirs d'Arbin, Cruet, Saint-Jean de la Porte avec le berceau de sa renommée passéen le "vignoble de la Mort", elle est pratiquement présente partout : selon Jules Guyot, "les meilleurs vins rouges de la Savoie devaient tous leur origine à la mondeuse". Affirmation qu'il nuance après avoir goûté au persan : "le persan, produit à Princens en Maurienne, est un vin exceptionnel, d'une  rare qualité. Riche en bouquet, il a[...] une action physiologique stimulante comme celle des vins de Bourgogne." Un temps oublié, le cépage persan est en train de renaître, en particulier sur la butte de Cevins remise en plantation par un vigneron passionné d'authenticité.
 
On peut espérer qu'il en sera un jour de même, tant qu'on les rencontre encore dans quelques vignes de paysans, pour les vieilles variétés non retenues dans les appellations, telles qu'en blanc le muscat qui en Vallée d'Aoste fait la gloire de Chambave et en rouge le hibou, la douce-noire et la gouche noire, dont "le mélange [...] donne un vin excellent [qui] a le refrain du bourgogne ", notait le sous-préfet de Tarentaise en 1803. A l'inverse, il faut remarquer que l'introduction du gamay, en Chautagne, a été une réussite et donne une belle originalité à ce vignoble situé entre le Rhône et le lac du Bourget, où les pépinières viticoles, pourtant longtemps prospères, ont  depuis les années 1980  pratiquement disparu.
 
       Ces dernières demeurent en Combe de Savoie. Là on peut rencontrer  une cinquantaine de pépiniéristes essentiellement regroupés à Fréterive et, dans une moindre mesure à Saint-Pierre d'Albigny et Saint-Jean de la Porte, leurs pépinières s'étendant de part et d'autre de l'Isère. La qualité de leur production est très appréciée, y compris à l'étranger où leurs services pour assurer des plantations de vignobles sont appréciés.  Cependant, si les ventes des plants se font en bonne partie au profit des grands vignobles français, Bordelais, Bourgogne, Champagne, les pépiniéristes assurent aussi les reconstitutions et les extensions en Savoie, grâce aux greffons de leurs propres vignes, les porte-greffes venant le plus souvent du Midi et les autres greffons des diverses régions acheteuses. La Savoie, avec environ 25 millions de plants des grands cépages français mis en terre, est un des premiers départements producteurs de vignes.
 
   Au total, vins et plants représentent sensiblement 23% de la valeur des productions agricoles de la Savoie, mais seulement 1,5% en Haute-Savoie. Dans les deux cas, ce sont évidemment les productions animales qui dominent, avec respectivement 61 et 80,5 %.

 

 

 

 Auteur : Maurice MESSIEZ